En 1993, le label Cheiron de Denniz Pop engage un jeune auteur et le rebaptise Max Martin, selon le Songwriters Hall of Fame. Cinq ans plus tard, en 1998, « …Baby One More Time » devient son premier numéro un au Billboard Hot 100, d’après Wikipédia.
Les tubes pop sont écrits par des équipes d’auteurs, de compositeurs et de producteurs, parfois réunies en song camp, plutôt que par l’interprète seul. Des faiseurs de hits comme Max Martin y pèsent lourd, et un split sheet fixe ensuite la part de chacun dans les droits.
Sur la pochette, un seul nom d’interprète. Dans les crédits, parfois une longue rangée d’auteurs, et derrière elle des contrats qui décident qui touche quelle fraction de centime à chaque écoute. Ce texte suit la chaîne dans l’ordre : le label Cheiron où tout a démarré, la méthode de Max Martin, le fonctionnement d’un camp d’écriture, la multiplication des crédits, puis les documents et les pourcentages qui répartissent l’argent.
À retenir
- Max Martin compte 31 numéros un au Billboard Hot 100 selon Wikipédia, 30 selon Hit Songs Deconstructed : la méthode de comptage change le total.
- Le nombre moyen d’auteurs par tube serait passé de 1,7 dans les années 1970 à 4,5 aujourd’hui, selon iMusician (2023).
- Un split sheet fixe par écrit la part de chaque co-auteur ; sans lui, un désaccord peut bloquer les paiements.
- Sur un stream d’environ 0,004 $, l’édition reçoit 14 % et l’auteur 68 % de cette part, selon MIDIA Research (2024).
Repères chronologiques
| Date | Événement | Source |
|---|---|---|
| 1993 | Cheiron engage le futur Max Martin | Songwriters Hall of Fame |
| 1998 | Premier numéro un de Max Martin au Hot 100 ; mort de Denniz Pop | Wikipédia |
| 1999 | Premier non-Américain à remporter le prix ASCAP de l’auteur de l’année | Wikipédia |
| 2000 | Fermeture de Cheiron Studios | Wikipédia |
| 2015 | Lancement du Stockholm Songwriting Camp | Songwriting Camps |
| 2017 | Intronisation au Songwriters Hall of Fame ; interview de Max Martin par NME | Songwriters Hall of Fame, NME |
| 2022 | Annonce d’un projet de recherche de trois ans sur les song camps | Université de Huddersfield |
| 2024 | 27e numéro un de Max Martin en mars ; étude sur les song camps | Wikipédia, Leuphana |
1993 : Cheiron engage celui qui deviendra Max Martin
L’histoire des faiseurs de tubes modernes commence chez Cheiron, où Denniz Pop prend un jeune auteur sous son aile et lui donne le nom de Max Martin.

En 1993, Cheiron, label dirigé par Denniz Pop, engage le jeune auteur. Pop le rebaptise Max Martin et devient son mentor, selon le Songwriters Hall of Fame. En 1998, Denniz Pop meurt. Martin prend alors la direction de Cheiron Studios, qui ferme en 2000, d’après Wikipédia.
La tension tient à la succession. Le mentor, qui dirigeait le label, disparaît en 1998 ; son élève reprend un studio qui ne lui survit que deux ans.
1998 : « …Baby One More Time » ouvre la série des numéros un
Max Martin est un auteur-compositeur-producteur dont le nombre de numéros un au Billboard Hot 100 varie selon la source : 31 pour Wikipédia (juin 2026), 30 pour Hit Songs Deconstructed (2026).

Le premier de ces succès est « …Baby One More Time », en 1998, au Hot 100, le classement américain des singles publié par le magazine Billboard. Selon Wikipédia, Max Martin a écrit ou coécrit 31 numéros un, dont 29 produits ou coproduits, un record pour le classement. Hit Songs Deconstructed en compte 30 et ajoute 91 entrées dans le top 10. L’écart vient de la méthode de comptage, qu’il faut toujours citer avec la date.
Toujours selon Wikipédia, Max Martin est le deuxième auteur au nombre de numéros un derrière Paul McCartney (32). Il a dépassé John Lennon (26) avec son 27e en mars 2024. Il a aussi remporté onze fois le prix ASCAP de l’auteur de l’année, un record, et fut le premier non-Américain à l’obtenir, en 1999. L’ASCAP est la société américaine de gestion des droits des auteurs.
Le Songwriters Hall of Fame l’a intronisé en 2017. Parmi ses titres : « I Want It That Way » (Backstreet Boys), « Since U Been Gone » (Kelly Clarkson) et « Blank Space » (Taylor Swift).
Max Martin n’est pourtant qu’une réponse partielle à la question de savoir qui compose les hits pop. Le reste de la scène s’est organisé en équipes, comme le montre plus bas la section sur la multiplication des auteurs.
2015 : Stockholm lance son song camp
Un song camp est une réunion de deux à cinq jours, parfois en lieu isolé, qui rassemble auteurs, producteurs et ingénieurs pour écrire des titres ensemble.
Selon l’université de Huddersfield, ces camps durent de deux à cinq jours. Ils se tiennent parfois dans des lieux reculés, pour favoriser la collaboration sans distractions. Le sujet reste peu étudié par la recherche.
Un exemple concret : le Stockholm Songwriting Camp, lancé en 2015, réunit pendant trois jours, dans un hôtel, des auteurs et des producteurs de premier plan. Il se veut neutre et ne revendique pas la propriété des œuvres créées. « We will always stay neutral », déclarait Niclas Molinder en 2016, d’après le communiqué de Songwriting Camps. La même année, les camps comptaient 45 participants à Stockholm, contre 21 à Londres et 21 à Paris.
2017 : Max Martin détaille la méthode melody first
La méthode « melody first » place la mélodie avant tout le reste ; le songwriter Savan Kotecha la décrit comme l’école de Max Martin.
Le principe : on construit d’abord la mélodie, puis le reste du morceau. Savan Kotecha, auteur de chansons, l’a résumé ainsi, d’après Wikipédia : « We work melody first. That’s Max Martin’s school. »
Max Martin a lui-même détaillé sa façon de travailler dans une interview rapportée par NME en 2017. Chaque refrain, dit-il, doit différer des autres par l’énergie plutôt que par la mélodie. Il veut aussi que l’auditeur retienne un titre après une ou deux écoutes.
Dans le même entretien, il décrit son rôle comme celui d’un coach, qui pousse les artistes hors de leur zone de confort.
Ces propos viennent de praticiens. Ils décrivent une méthode de travail, pas une preuve qu’elle explique à elle seule le succès d’un titre. Rien dans ces déclarations ne permet d’isoler la part de la mélodie, du chant, de la production ou de la promotion.
2022 : un projet de recherche distingue deux modèles de camps
Les camps britanniques visent plutôt le développement des auteurs, les camps allemands la production de titres commerciaux pour des marchés précis.
Cette distinction sort d’un projet de recherche de trois ans, annoncé en décembre 2022 et financé, selon l’université de Huddersfield, à hauteur de 350 000 £ par l’AHRC (le conseil britannique de la recherche en arts et sciences humaines) et de 350 000 € par la DFG (son équivalent allemand). Les universités de Huddersfield, de Birmingham City et de Lüneburg y participent.
2023 : jusqu’à 4,5 auteurs par tube
Les tubes sont désormais écrits à plusieurs : selon iMusician (2023), la moyenne serait passée de 1,7 auteur par tube dans les années 1970 à 4,5 aujourd’hui.

Le chiffre vient d’un rapport d’iMusician repris par MusicTech en 2023. Un autre jeu de données existe : selon Music Reports, cité par RightsTech en 2017, un tube du top 10 Billboard des années 1960 comptait en moyenne 1,87 auteur et 1,68 éditeur. En 2017, les titres grand public en comptaient au moins quatre, et six éditeurs.
Les deux séries ne reposent pas sur le même échantillon. On peut en retenir le sens de la courbe, pas comparer les décimales.
Les cas extrêmes, cités par iMusician : « In My Feelings » de Drake compte 14 auteurs, « Heated » de Beyoncé 18.
2024 : pourquoi les stars n’écrivent pas seules
Une étude publiée en 2024 par Herbst, Ahlers et Barber conclut que les camps « have a proven track record of producing commercially successful pop songs ». Les auteurs y valorisent le réseau, la carrière et les revenus de droits.
Les chercheurs de Huddersfield relèvent aussi un besoin de préserver l’image d’authenticité de l’artiste : « And to keep the impression of authenticity, there cannot be any outside contributors », écrit l’université. Les contributeurs extérieurs restent donc discrets.
Reste à savoir ce que rapporte une œuvre populaire à ceux qui l’ont créée, une question que traite aussi ce dossier sur ce que rapporte une œuvre populaire dans un autre secteur.
Le split sheet : une feuille signée contre le litige
Un split sheet est la feuille signée qui fixe, titre par titre, la part de chaque co-auteur ; sans elle, le droit suppose souvent un partage égal et un désaccord peut bloquer les paiements.

Selon Soundcharts, le document indique le titre, la date, les auteurs, les pourcentages (part d’auteur et part d’éditeur), la société de gestion des droits (par exemple la SACEM en France ou l’ASCAP aux États-Unis) et les signatures.
L’exemple donné par Soundcharts est une répartition 50/25/25. Le topliner est l’auteur qui écrit la mélodie et le chant posés sur une base instrumentale déjà composée.
| Rôle | Part dans l’exemple | Effet |
|---|---|---|
| Producteur | 50 % | Reçoit la moitié des droits du titre |
| Parolier | 25 % | Reçoit un quart des droits |
| Topliner | 25 % | Reçoit un quart des droits |
| Sans split sheet | Partage supposé égal | Chacun touche autant, quelle que soit sa contribution |
Dans la ligne « sans split sheet », la règle vaut « souvent » : elle dépend du droit applicable. Le tableau reprend l’exemple de Soundcharts, où la répartition 50/25/25 est confirmée par la feuille signée.
Litiges : quand les co-auteurs ne s’accordent pas
Quand les co-auteurs ne s’entendent pas sur les parts, les paiements peuvent s’arrêter. Soundcharts le formule sans détour : la société de gestion (PRO en anglais) « retiendra TOUT l’argent jusqu’à ce que le litige soit résolu ».
Le mécanisme est donc simple. Tant que les parts ne sont pas déclarées d’un commun accord, personne ne touche, y compris celui dont la contribution n’est pas contestée. Un split sheet signé au moment de l’écriture évite ce blocage, même si les relations entre auteurs se dégradent ensuite.
2024 : un stream se partage en fractions de centime
Sur un stream d’environ 0,004 $, MIDIA Research estime en 2024 la part recording à 56 %, le service de streaming à 30 % et l’édition à 14 %. La part recording revient à l’enregistrement, c’est-à-dire à l’artiste et à son label.

Dans la part édition, l’auteur reçoit 68 %, l’éditeur 17 % et la société de gestion 15 %, selon la même estimation de MIDIA Research.
Un calcul illustratif
Le calcul qui suit est une illustration, pas un chiffre publié. Sur 0,004 $, d’après les parts estimées par MIDIA Research, l’édition représente 0,004 × 14 % ≈ 0,00056 $. L’ensemble des auteurs reçoit 68 % de cette somme, soit environ 0,00038 $, à partager ensuite selon le split sheet. Une part de 25 % représenterait alors environ 0,0001 $ par stream.
Ordre de grandeur et cadre américain
À l’échelle du marché, le même rapport Variety indique que Spotify a versé plus de 4,5 milliards de dollars aux ayants droit de l’édition sur deux ans (rapport 2025, données 2024). Ce total inclut les éditeurs et les sociétés de gestion, pas seulement les auteurs.
Aux États-Unis, la Copyright Royalty Board a relevé de 23 % le taux d’édition pour 2023-2027, à 15,35 % des revenus du service de streaming, d’après Variety. C’est l’organisme fédéral qui fixe certains taux de licence.
Le revenu total d’un auteur de tube planétaire n’est pas chiffrable ici : il dépend du nombre d’écoutes, du split sheet et des contrats d’édition.
Ce que révèle la fabrique des tubes : un pouvoir concentré, des auteurs fragiles
La pop mondiale repose sur un système collectif et très organisé, où quelques figures comme Max Martin pèsent lourd, tandis que les auteurs émergents restent précaires.
Le mécanisme se lit en trois temps. Des camps et des co-écritures produisent les titres. Les split sheets fixent ensuite les parts de chacun. Enfin, les sociétés de gestion répartissent des fractions de centime par stream.
Côté précarité, les chercheurs de l’université de Huddersfield soulignent des crédits parfois refusés, des rachats forfaitaires et le besoin de préserver l’image d’authenticité de l’artiste. Leur formule : « And to keep the impression of authenticity, there cannot be any outside contributors ». Cette image d’authenticité est un actif de marque, comme le montre la stratégie de Liquid Death dans un tout autre secteur.
Les limites sont réelles. La recherche sur les song camps est récente. Les données sur le nombre de crédits proviennent d’échantillons différents. Les approches britannique et allemande des camps ne poursuivent pas les mêmes objectifs.
La leçon tient en un mécanisme : le crédit et la part de droits se négocient, et l’écrit protège. Une chaîne d’acteurs peu visibles pèse aussi sur la valeur d’un produit de luxe, comme l’explique cet article sur le prix du luxe.
Questions fréquentes
Pourquoi y a-t-il autant d’auteurs crédités sur un seul tube ?
Les camps d’écriture réunissent plusieurs spécialistes autour d’un même titre, et l’étude de 2024 leur reconnaît un bilan commercial solide. Chaque contributeur de la mélodie, des paroles ou de la production peut être crédité. Le rôle exact de chacun varie d’un titre à l’autre.
Que se passe-t-il si les co-auteurs ne s’accordent pas sur les parts ?
La société de gestion peut retenir tout l’argent jusqu’à la résolution du litige, selon Soundcharts. Sans split sheet, le droit suppose souvent un partage égal. Un document signé au moment de l’écriture est donc la meilleure protection.
Combien gagne un auteur-compositeur pour un tube mondial ?
Le revenu dépend du nombre d’écoutes, de la part inscrite au split sheet et des contrats d’édition. Par stream, l’auteur ne touche qu’une petite fraction de la part d’édition, elle-même minoritaire.
Sources
- Max Martin — Wikipedia
- The Max Martin evolution — Hit Songs Deconstructed
- Max Martin — Songwriters Hall of Fame (2017)
- Max Martin interview : the perfect pop song — NME (2017)
- Songwriting camps AHRC-funded project — University of Huddersfield (2022)
- The song factories have closed : songwriting camps as spaces of collaboration — Leuphana University / Creative Industries Journal (2024)
- Swedish songwriting initiative goes global — Songwriting Camps via Cision (2016)
- Music Reports : the average hit song has 4 writers and 6 different publishers — RightsTech (2017)
- iMusician report : songwriters — MusicTech (2023)
- Qu’est-ce qu’un split sheet ? — Soundcharts
- Spotify paid $4 billion to music publishing rights holders — Variety (2025)
Article préparé avec l’aide d’outils d’IA, puis vérifié et édité par la Rédaction Haut-Hisse (voir notre politique éditoriale).

