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Que fait vraiment Palantir ? Ce que révèlent ses comptes

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Le 16 juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce que ChapsVision remplacera Palantir à la DGSI, le service de renseignement intérieur français, pour le traitement de données massives. Palantir répond que son contrat reste « fully in force », selon Euronews. Le calendrier de transition n’est pas public.

Ce que fait vraiment Palantir tient en une phrase : cette entreprise américaine vend des logiciels reliant les bases de données internes d’une organisation pour les analyser et décider. Selon son rapport annuel, elle a réalisé 4,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, dont 54 % auprès de gouvernements et 46 % auprès d’entreprises.

Entre 2023 et 2025, le résultat net de Palantir a été multiplié par plus de sept, selon le même rapport. Pourtant, l’entreprise reste décrite par des formules floues, du « géant de la surveillance » à la start-up d’intelligence artificielle.

À retenir

  • Palantir édite des logiciels d’intégration et d’analyse de données et se présente comme un sous-traitant de traitement, non comme un fournisseur d’outils de surveillance de masse.
  • En 2025, le secteur public pèse plus de la moitié du chiffre d’affaires et les États-Unis près des trois quarts.
  • Le résultat net GAAP a été multiplié par plus de sept entre 2023 et 2025.
  • Le contrat de la DGSI a été renouvelé jusqu’en 2028, puis Matignon a annoncé son remplacement par ChapsVision.

2003 : Palantir naît avec l’appui d’un fonds lié à la CIA

Origines et fondateurs

Palantir a été fondée en 2003, notamment par Alex Karp et Peter Thiel, avec l’aide d’un fonds lié à la CIA. Son nom vient de la « pierre de vision » du Seigneur des anneaux, selon franceinfo. Alex Karp en est le PDG, d’après franceinfo.

Financement par In-Q-Tel (CIA)

Selon Wikipédia, le financement initial incluait In-Q-Tel, le fonds lié à la CIA, pour environ 2 millions de dollars, et Founders Fund pour environ 30 millions.

Ces origines expliquent une partie des soupçons, mais pas le modèle économique. Pour distinguer l’étiquette de la réalité, mieux vaut raisonner sur les effets concrets d’une activité, comme le propose notre article sur la pensée de second ordre.

2016 : la DGSI choisit Palantir après les attentats de novembre 2015

La DGSI utilise Palantir depuis 2016, après les attentats de novembre 2015. Son contrat a ensuite été renouvelé en 2019 et en 2022, selon franceinfo. Ce premier contrat français installe durablement l’entreprise dans le renseignement intérieur.

Immeuble de bureaux administratifs au crépuscule, évoquant le service de renseignement intérieur et le choix de la DGSI
Illustration

2020 : l’entrée en Bourse et la question de ce que fait vraiment Palantir

Palantir entre au NYSE (code PLTR) en septembre 2020, par une introduction partielle, selon Wikipédia. Ce que l’entreprise vend est pourtant moins mystérieux que sa réputation : un logiciel qui relie des bases de données.

Définition : qu’est-ce que Palantir ?

Palantir Technologies est une entreprise américaine d’édition de logiciels, spécialisée dans l’intégration et l’analyse de données pour des États et des entreprises. Elle vend des plateformes, non des données.

Comment le logiciel fonctionne

Palantir édite des plateformes qui se branchent sur les systèmes existants d’un client, les relient dans une Ontologie, puis permettent d’analyser et d’agir. Le cliché de l’entreprise qui « voit tout » ne décrit pas ce mécanisme.

Dans son 10-K, Palantir présente Foundry comme sa plateforme de gestion de données, de logique métier, d’analytique et de workflows (chaînes de tâches automatisées). L’Ontologie est la couche qui modélise les objets propres à l’activité du client et leurs relations, au-dessus de bases qui restent séparées. Un logiciel de ce type est un « middleware » : il s’intercale entre des systèmes qui ne se parlent pas.

Au quotidien, une organisation y rassemble des données issues de systèmes distincts, les interroge, puis déclenche des décisions ou des processus à partir de cette vue unifiée. Palantir se décrit comme un sous-traitant de traitement de données qui ne fournit pas d’outils de surveillance de masse, selon la RTS. Cette position est contestée, comme on le verra plus bas.

Sur le forum r/PLTR, un fil intitulé « What is Palantir? (Part 1 DD) » réunit des internautes qui expliquent comment le logiciel se superpose aux systèmes existants.

2023 : AIP rejoint Gotham, Foundry et Apollo

AIP, la plateforme d’intelligence artificielle générative, est déployée pour la première fois en 2023 et complète Gotham (défense et renseignement), Foundry (données et workflows) et Apollo (mises à jour). Le tableau ci-dessous résume les quatre produits décrits dans le 10-K 2025.

Allée d'un centre de données avec baies de serveurs, illustrant le traitement de données massives des clients de Palantir
Illustration
ProduitUsageClients principauxSource
GothamConscience situationnelle quasi temps réel pour appuyer les décisions opérationnellesDéfense et renseignement10-K
FoundryGestion de données, logique, Ontologie, analytique, workflowsTous les clients commerciaux, de nombreux clients publics10-K
ApolloLivraison continue : mises à jour, correctifs de sécurité, configurationsDéploie Gotham et Foundry10-K, Wikipédia
AIPConnexion de modèles de langage tiers, construction d’agents IADéployée pour la première fois en 202310-K

La différence entre Gotham et Foundry tient donc au public visé. Foundry gère les bases de données d’organisations et d’entreprises. Gotham recoupe des données variées pour la défense et le renseignement, dont, selon franceinfo, des données biométriques, des conversations sur les réseaux sociaux, des appels et des images satellites. Cette liste vient de la presse, pas du rapport annuel.

Foundry a succédé à Metropolis, un logiciel plus ancien de l’entreprise, d’après Wikipédia. Quant à Apollo, c’est lui qui livre les deux autres plateformes dans les environnements des clients.

Palantir vend-il surtout à l’État ? La répartition du chiffre d’affaires

En 2025, le public représente 54 % du chiffre d’affaires de Palantir, le commercial 46 % et les États-Unis 74 %, selon le 10-K déposé auprès de la SEC. Le tableau suivant compile les principaux chiffres de ce rapport, en millions de dollars arrondis.

Indicateur (M$)202320242025
Chiffre d’affaires total2 2252 8664 475
dont gouvernementsnon repris1 5702 402
dont commercialnon repris1 2962 073
Résultat d’exploitation1203101 414
Résultat net GAAP2174681 635
Flux de trésorerie d’exploitation7121 1542 134

Selon un calcul maison sur ce tableau, tous les segments progressent de plus de moitié entre 2024 et 2025. Le commercial avance un peu plus vite que le public, sans le dépasser en volume.

Le rapport annuel donne aussi la concentration des clients. Palantir en comptait 954 au 31 décembre 2025, et les trois premiers pesaient un peu moins d’un sixième du chiffre d’affaires 2025, un poids proche de celui de 2024. Les vingt premiers clients généraient en moyenne 93,9 millions de dollars sur douze mois, contre 64,6 millions un an plus tôt, d’après ce même 10-K.

Il faut distinguer le carnet de commandes du chiffre d’affaires réalisé. Selon le 10-K, la valeur restante totale des contrats atteignait 11,2 milliards de dollars fin 2025, dont 6,8 milliards commerciaux et 4,4 milliards publics. C’est un montant à recevoir, pas un revenu déjà encaissé.

Pour le troisième trimestre 2025, Palantir a annoncé environ 1,18 milliard de dollars de revenus (+63 %), dont 633 millions côté gouvernement, et 911 clients.

Août 2025 : l’armée américaine signe un accord-cadre de 10 milliards de dollars

L’armée américaine a signé en août 2025 un accord-cadre pouvant atteindre 10 milliards de dollars sur 10 ans, selon la RTS. Ce montant est un plafond potentiel : il ne dit rien du chiffre d’affaires effectivement facturé.

Le Pentagone, siège du département de la Défense des États-Unis

Photo : United States Navy / Wikimedia Commons, Public domain

Clients gouvernementaux

Les gouvernements ont apporté 2 402 millions de dollars en 2025, contre 1 570 millions en 2024, d’après le 10-K repris dans le tableau ci-dessus. La presse cite côté public le FBI, le Pentagone, ICE et l’armée américaine, selon la RTS.

Selon franceinfo, les clients publics comprennent le FBI, le Département de la Défense, ICE (l’agence américaine de l’immigration et des douanes, avec un contrat de 30 millions de dollars), la police de Los Angeles et l’armée israélienne. La France serait le deuxième marché européen de Palantir, après le Royaume-Uni.

Clients commerciaux

Le commercial a représenté 2 073 millions de dollars en 2025, contre 1 296 millions en 2024, selon le 10-K. La RTS cite côté privé Airbus, Stellantis et Ferrari. Foundry est la plateforme de tous les clients commerciaux, d’après le 10-K, qui chiffre à 6,8 milliards de dollars la valeur restante des contrats commerciaux fin 2025.

Les deux types de sources ne disent pas la même chose : le rapport annuel établit le nombre de clients (954) et leur concentration, les journaux nomment les clients.

Pour les lecteurs belges, la question se pose surtout sur le terrain de la protection des données, et pour les lecteurs canadiens sur celui des contrats publics. Aucun chiffre vérifiable ne permet toutefois ici de mesurer l’activité de Palantir dans ces deux pays. Pour comprendre comment un groupe industriel dépend de quelques gros clients ou d’une base large, notre analyse de la façon dont Costco gagne de l’argent offre un contrepoint utile.

De 2023 à 2025 : le résultat net est multiplié par plus de sept

Le résultat net GAAP (selon les normes comptables américaines) est passé de 217 millions de dollars en 2023 à 1,63 milliard en 2025, selon le 10-K, porté par la croissance du chiffre d’affaires. Cette bascule est documentée année par année dans ce rapport.

Le résultat net GAAP de Palantir passe de 217 M$ en 2023 à 468 M$ en 2024 puis 1 635 M$ en 2025.

Résultat net GAAP de Palantir, de 2023 à 2025 — Source : Palantir, rapport annuel 10-K 2025

La chaîne se lit dans le tableau précédent. Le chiffre d’affaires double en deux ans, le résultat d’exploitation passe de 120 millions à 1,41 milliard, et la trésorerie d’exploitation de 712 millions à 2,13 milliards. À partir des chiffres du 10-K, un calcul maison donne une marge nette d’environ 36,5 % en 2025 (1 634 sur 4 475), contre environ 10 % en 2023.

Ce que les comptes n’expliquent pas ici, ce sont les causes précises de cette bascule, entre maîtrise des coûts et mix de produits. La même prudence vaut pour les mouvements de l’action en Bourse, qui ne se déduisent pas d’un rapport annuel.

Le rapport signale aussi des limites. De nombreux contrats, surtout publics, peuvent être résiliés pour convenance, c’est-à-dire sans faute du fournisseur. L’usage de l’IA et des grands modèles de langage crée en outre des risques d’erreurs, d’éthique et de réputation. L’histoire d’Eastman Kodak rappelle qu’une forte rentabilité ne protège pas durablement un modèle économique.

2025 : Amnesty et Palantir s’opposent sur la surveillance

Palantir se présente comme un sous-traitant de traitement de données qui ne fournit pas d’outils de surveillance de masse, ce que contestent des ONG. Il faut donc séparer la description officielle des usages allégués.

Côté description, le 10-K présente des logiciels, et Gotham comme une plateforme de défense et de renseignement. Côté critiques, Amnesty International alerte sur un « risque élevé de violations des droits humains », tandis que Palantir juge cette description « factuellement incorrecte », selon la RTS. Ces positions s’opposent : aucune ne peut être présentée comme un fait établi sans examen des usages réels chez chaque client.

Le risque réputationnel est lui-même reconnu dans les facteurs de risque du rapport annuel. L’entreprise sait que ses contrats avec des États et l’usage de l’IA exposent son image.

La vidéo de Réel média, « Palantir, le géant de la surveillance qui vous connaît par cœur (vraiment, par cœur) », donne un point de vue critique. Elle exprime l’analyse de ce média, pas un constat issu des comptes de l’entreprise.

15 décembre 2025 : la DGSI prolonge Palantir, puis annonce son remplacement

Le contrat de la DGSI a été renouvelé le 15 décembre 2025 jusqu’en 2028 dans l’attente d’un outil souverain, puis ChapsVision a été annoncé en remplacement le 16 juin 2026.

Voici la chronologie, d’après franceinfo et Euronews :

  • 2016 : premier contrat avec Palantir ;
  • 2019 et 2022 : renouvellements ;
  • 15 décembre 2025 : renouvellement jusqu’en 2028, « dans l’attente du déploiement d’un nouvel outil souverain » ;
  • 16 juin 2026 : annonce de Sébastien Lecornu.

ChapsVision reprend le traitement de données massives de la DGSI. Le Premier ministre a justifié ce choix en ces termes :

« We cannot accept new strategic dependencies in the digital sphere » (Sébastien Lecornu, selon Euronews)

Palantir répond que son contrat reste « fully in force ». Le calendrier de transition n’est pas public, et aucune date de fin d’usage ne peut être avancée. Une comparaison technique entre les deux outils n’est pas non plus disponible.

Ce que montre l’histoire de Palantir

Palantir montre qu’un éditeur de logiciels peut devenir très rentable en se branchant sur les systèmes de ses clients, mais que cette position crée une dépendance qui finit par être contestée. Plus l’outil est central pour un État, plus la question de la souveraineté se pose, comme l’illustre le cas de la DGSI.

Le mécanisme a ses limites. Le rapport annuel rappelle que de nombreux contrats publics peuvent être résiliés pour convenance, et que l’IA expose l’entreprise à des risques d’erreurs, d’éthique et de réputation. Les critiques d’ONG comme Amnesty restent des allégations que Palantir conteste, et l’on ne sait pas encore ce que coûtera ou durera la transition française vers ChapsVision.

Questions fréquentes

Qui est le concurrent de Palantir ?

En France, ChapsVision est la société annoncée en juin pour remplacer Palantir à la DGSI, selon Euronews. Cette annonce concerne un client précis, pas l’ensemble du marché.

Pourquoi la DGSI utilise Palantir plutôt qu’une solution française ?

Le contrat date de 2016, après les attentats de novembre 2015. Il a été prolongé jusqu’en 2028 « dans l’attente du déploiement d’un nouvel outil souverain », selon franceinfo. Depuis cette annonce, l’État prévoit le passage à ChapsVision.

Combien Palantir gagne-t-il d’argent ?

En 2025, Palantir a dégagé un résultat net GAAP de 1,63 milliard de dollars pour 4,48 milliards de chiffre d’affaires, selon son 10-K. Cela donne une marge nette d’environ 36,5 % (calcul maison).

Qui est derrière Palantir ?

Alex Karp (PDG) et Peter Thiel figurent parmi les fondateurs de 2003, selon franceinfo. Le financement initial venait notamment d’In-Q-Tel, fonds lié à la CIA, et de Founders Fund, d’après Wikipédia.

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Azzedine Guettouche
Azzedine Guettouchehttps://haut-hisse.com/
Je suis le fondateur de Haut-Hisse, une chaîne YouTube suivie par plus de 780 000 abonnés, et du site que vous lisez. Depuis plus de 8 ans, je travaille en marketing de croissance, notamment pour des startups passées par Y Combinator : j'ai vu de près comment une marque se construit et ce que ses chiffres racontent vraiment. Ici, je décortique les stratégies des marques et la psychologie qui se cache derrière. Mon but : vous faire comprendre ces mécaniques, vous faire apprécier le génie de certaines décisions, et vous donner de quoi vous en inspirer dans vos propres expériences ou votre projet d'entreprise.
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